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Société civile : moteur de changement et alliée des gouvernements pour atteindre l’ODD 6

Sanitation and Water for All Secretariat
12 Feb 2020

Les organisations de la société civile (OSC) jouent un rôle fondamental pour veiller à ne laisser personne de côté dans nos efforts destinés à atteindre les objectifs de développement durable (ODD). Quels sont cependant les avantages, les occasions et les obstacles rencontrés par les OSC lorsqu’elles travaillent avec des gouvernements et d’autres acteurs pour progresser vers les cibles liées à l’eau et l’assainissement des ODD ? Plusieurs autres questions importantes se posent : de qui parlons-nous exactement lorsque l’on évoque les OSC ? Comment utilisons-nous l’expression « OSC » ? Au nom de qui les OSC parlent-elles ? Quel est leur mandat ? Quel est leur rôle dans la redevabilité ? Plusieurs OSC et des représentants gouvernementaux importants se sont réunis autour de ces sujets pour une séance consacrée à la redevabilité lors de la Semaine mondiale de l’eau 2019 à Stockholm.

Source: IRC WASH

Pour lancer la séance, Patrick Moriarty d’IRC WASH a défini les OSC comme « une société civile organisée qui peut se présenter sous de nombreuses formes, au travers d’entité informelles ou formelles, comme, entre autres, des organisations non gouvernementales (ONG), des organisations communautaires ou des organisations confessionnelles. Elles naissent lorsqu’un groupe de personnes se réunit autour d’un objectif commun, pour remplir un mandat particulier, qui répond à un besoin spécifique. » Ces organisations permettent de faire entendre les voix des personnes exclues des cercles politiques, a souligné Snehalatha Malaka de Freshwater Action Network Asie du Sud (Réseau de la société civile). Au sujet des résultats de l’Étude mondiale sur les mécanismes de redevabilité mutuelle pour l’ODD 6, Snehalatha a déclaré : « Presque tous les représentants d’OSC et de gouvernements des 25 pays participants sont d’accord sur le fait que la participation à des mécanismes de redevabilité pour l’ODD 6 a un effet positif lorsqu’elle prend une forme efficace et significative… Nous savons que l’EAH [eau, assainissement et hygiène] est par nature un secteur multipartite et que, lorsque les OSC sont solides et présentes, les gouvernements obtiennent de meilleurs résultats. » Interrogée sur un exemple concret qui a permis à FANSA d’obtenir le soutien d’un gouvernement, Snehalatha a expliqué comment les OSC d’Asie du Sud ont organisé une séance plénière lors de la 7e Conférence sud-asiatique sur l’assainissement (SACOSAN VII) pour faire entendre les plus marginalisés (comme les personnes transgenres et les personnes atteintes de handicap), ce qui a poussé les gouvernements à prendre des engagements en vue d’allouer des fonds pour ne laisser personne de côté.

 

Les OSC doivent-elles conserver une position indépendante pour garantir la redevabilité des gouvernements ?
Pour mettre en relief la nécessité d’une collaboration renforcée entre les instances gouvernementales et les OSC, Aradhana Patnaik, Secrétaire principale à l’eau et à l’assainissement de l’État indien du Jharkhand, mentionne la réussite de la « Swachh Bharat Mission » (Mission pour l’Inde propre) : « C’est un véritable mouvement populaire qui s’appuie sur quatre piliers : la volonté et le leadership politiques, des financements publics, des partenariats (avec des OSC et des organisations non gouvernementales internationales) et la participation populaire. » Parallèlement, Brechtje Paardekoper, Conseillère politique au Ministère des affaires étrangères néerlandais, a énergiquement plaidé pour la contestation dans la sphère civique : « Il est inquiétant qu’à travers le monde, les voix des OSC soient réglementées et muselées. L’espace civique est en recul. De nombreuses OSC du secteur EAH semblent désireuses de siéger dans différentes instances. Je crois que pour qu’elles soient entendues, elles doivent être prêtes à quitter la table. »

Source: IRC WASH

« Une OSC est régie par sa mission et sa vision, c’est pour cela que les OSC sont indépendantes. Toutefois, le rôle fondamental d’une OSC est de garantir la redevabilité du gouvernement », a expliqué Patrick Alubbe, Directeur général de la Kenya Water for Health Organisation (KWAHO), une OSC nationale. À la question de la façon dont les gouvernements peuvent garantir un siège à ceux qui sont laissés de côté, Patrick a répondu : « Les gouvernements ont la responsabilité de créer un environnement favorable, en matière de politique, de participation et de réglementation. Il est également essentiel de suivre le travail de tous les acteurs, y compris les OSC, du secteur. »

Comment les OSC contribuent-elles aux priorités et aux cibles nationales au sujet des politiques menées pour le secteur EAH ?

Cette séance de réflexion a débuté avec trois intervenants issus d’organisations de la société civile qui ont présenté des études de cas :

  1. Les OSC comme fournisseurs de services :Ramisetti Murali, Directeur général de MARI, une OSC qui travaille avec des organisations présentes au plus proche de la population et qui est basée à Hyderabad (Inde), a partagé une expérience intéressante en provenance du district de Krishna. Celle-ci a permis à 8 510 familles issues des communautés les plus pauvres et les plus marginalisées d’avoir accès à des toilettes chez elles. « Les efforts entrepris dans le district pour mettre fin à la défécation à l’air libre, dans le cadre de la Swach Bharath Mission avaient initialement laissé ces personnes de côté. Les ménages défavorisés et vulnérables ne pouvaient profiter du programme d’aide du gouvernement, car les familles les plus pauvres ne disposent pas des moyens financiers nécessaires pour avancer les fonds liés à la construction de toilettes. Les aides financières n’étaient en effet débloquées que lorsque les familles pouvaient prouver la fin des travaux. En outre, les personnes atteintes de handicap, âgées ou malades avaient besoin d’aide pour construire des toilettes. MARI a recruté cinq OSC locales pour réaliser une évaluation rapide de 33 groupes et identifier les familles laissées de côté. Le Tata Trust a apporté les financements pour un fonds automatiquement renouvelable destiné à lancer la construction de toilettes par des personnes défavorisées. MARI a fourni les capacités techniques et de mobilisation communautaire des OSC et a soutenu ces dernières pour qu’elles collaborent avec les autorités locales au niveau des villages afin de promouvoir la construction et l’utilisation de toilettes. Le fait de donner accès à des toilettes au niveau du domicile a grandement contribué à mettre fin à la défécation à l’air libre dans le district de Krishna.» 

 

  1. Contributeurs du cadre de suivi national :Vincent Ouma, Responsable des programmes, Kenya Water and Sanitation Civil Society Network(KEWASNET) a déclaré : « Notre réseau d’OSC a contribué de façon significative à mettre en place le point de comparaison et le cadre de suivi national pour l’ODD 6 au Kenya. En outre, il a veillé à ce que le cadre de suivi tienne compte de la situation des groupes les plus marginalisés. Après l’adoption du cadre de suivi, KEWASNET s’est lancé dans le renforcement des capacités pour permettre aux OSC d’appliquer le cadre à leur travail. »

 

  1. Plaidoyer pour l’augmentation de l’allocation budgétaire en faveur de l’EAH : Herbert Kashililah, Président de Shahidi wa Maji, une OSC de Tanzanie, a partagé son expérience au sujet du travail mené par son organisation avec des partenaires nationaux et de développement pour contribuer à faire progresser la réglementation du pays. Cette collaboration a permis d’améliorer le budget destiné au secteur de l’eau et de renforcer l’accès aux ressources en eau des groupes vulnérables. « Nous avons fourni les éléments de preuve en commandant une analyse budgétaire (2014-2018) qui apportait des informations sur le budget total destiné à la gestion des ressources en eau et sur la planification, la répartition et l’utilisation des budgets au sein de la Direction nationale des ressources en eau et de ses neuf Conseils des bassins versants. Nous nous engageons dans un dialogue national, à l’image de la Révision sectorielle commune et dans des groupes de travail techniques au sein desquels nous plaidons pour qu’une part juste des budgets alloués aux ressources en eau soit destinée aux groupes les plus marginalisés, tels que les populations d’éleveurs. »

Pour clore la séance, Erma Uytewaal (IRC) a déclaré que les cas qui ont été présentés montrent des exemples du travail réalisé par les OSC pour construire et maintenir leurs relations afin d’entretenir une collaboration fructueuse avec leurs gouvernements respectifs pour ne laisser personne de côté. Elle a ajouté : « Pour ne laisser personne de côté dans le secteur EAH, les OSC doivent également faire plus de place à la contestation. Elles pourraient gagner en efficacité en recherchant une collaboration avec des organisations et des réseaux qui affichent un historique solide en matière de plaidoyers, de campagnes et de mobilisation des pouvoirs publics au-delà du secteur EAH. »  

Cette séance était organisée par le Réseau africain de la société civile sur l’eau et l’assainissement (ANEW), la Coalition Eau, End Water Poverty, Freshwater Action Network – Mexique (FANMex), Freshwater Action Network – Asie du Sud (FANSA), le Gouvernement des Pays-Bas, IRC, Assainissement et eau pour tous (SWA), Simavi et le Water Supply and Sanitation Collaborative Council (WSSCC).